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Le feuilleton à suivre

Il n'y a pas d'âge pour l'amour


Je crois que c'est le cas pour beaucoup d'enfants ; les repas familiaux sont souvent l'occasion pour les parents de parler tout haut de vous à la troisième personne, de montrer des photographies du bébé nu dans la baignoire, de révéler vos bêtises, vos mauvaises notes, vos secrets découverts à l'occasion d'une fouille minutieuse dans votre chambre... tout cela avec le sourire narquois de celui qui a tout compris de la vie.
Ce sont de véritables tortures, où l'on vous repasse une pléiade de conseils d'adultes et où l'on n'hésite pas à mettre le doigt sur vos lacunes. Ils semblent, alors, tous se liguer contre vous, le seul sujet où probablement ils se retrouvent, avec cette certitude de vous apporter une aide précieuse en vous éprouvant.
Je me souviens de Colin, un cousin, qui fut la proie durant tout un repas, de ces précepteurs d'occasion. Il avait une très jolie voix d'après ses parents. Ainsi lui demanda t-on de chanter devant une quinzaine de personne, un dimanche où nous étions tous, grands-père, grands-mères, mère, père, oncles, tantes et cousins réunis. Un événement qui avait lieu chaque premier dimanche du mois, instauré par une tante qui avait décidé que les liens familiaux se perdaient et qu'il n'était pas question que notre famille s'éparpillât pour finir pas ne plus exister.
Il fallut que Colin se mit debout et grimpât sur une chaise, après un chant peu mélodieux, cause de sa timidité, il fut pris à partie en raison de ses faiblesses en algèbre. D'un coup redescendu du piédestal sur lequel on l'avait hissé, je le voyais rougir, transpirer, rapetisser sur sa chaise, tentant vainement d'interjeter qu'il préférait la lecture aux mathématiques. Il finissait par disparaître aux cabinets. Les cousins pour une fois ne rigolaient pas, chacun effrayé à l'idée que c'eût pu être son tour, d'avoir à réciter une fable de La Fontaine ou pire avouer le nom d'une jeune amourette à qui on l'avait vu donner un baiser. Malheureusement la peur n'évite pas le danger...
On ne me demandait pas de chanter lors des repas dominicaux, ou de réciter un poème, mais de résoudre un problème, de faire des calculs de tête ; des additions, des multiplications et même des racines carrées... auxquels bien entendu personne n'avait la réponse. Ils lançaient des chiffres, des nombres, des opérations aléatoires, sans applications, sans but. J'aurais aussi bien pu répondre n'importe quoi. Puis, un peu dégoutté par mes réponses ils passaient vite à un autre sujet. A 8 ans, j'entrai au collège, après avoir sauté deux classes en primaire.
Au fil des années, ma famille me ficha une paix relative, résultant aussi d'un mélange d'admiration et de crainte. Je participais de cela en me montrant grave et habitée une attitude que l'on mettait au compte d'une intelligence supérieure.
Mais, sur beaucoup de plans je me sentais larguée. A l'extérieur, les relations humaines me paraissaient un peu trop subtiles... quelques camarades m'adressaient la parole, certains même venaient s’asseoir à côté de moi au self. Mais, ou mes silences décourageaient très vite, ou mes dires par trop directs -je ne savais rien ménager- heurtaient.  Le seul vrai rapport humain normal que j'eus, durant cette période et qui me conduisit de l'adolescence à l'âge adulte, fût Esther...

EPISODE I